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Le Maroc n’est plus seulement un pays de transit : le nombre d’étrangers résidents bondit de 76 % en dix ans

11 août 2026 LeNew Maroc

En dix ans, le nombre d’étrangers résidant légalement au Maroc est passé de 84.000 à plus de 148.000, selon les données démographiques reprises dans le dernier rapport annuel du Conseil économique, social et environnemental (CESE).

Les résultats du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) de 2024 permettent de mesurer l’ampleur de cette évolution. Le Maroc comptait alors précisément 148.152 résidents étrangers en situation régulière, contre environ 84.000 en 2014, soit une progression proche de 76 % en une décennie.

Mais derrière cette augmentation se dessine surtout une transformation de la nature de l’immigration. Une part croissante des étrangers présents au Maroc ne semble plus s’inscrire dans une logique de passage temporaire : elle y travaille, y rejoint sa famille et, de plus en plus, y construit sa vie.

Un chiffre illustre particulièrement la rapidité du phénomène : 55,3 % des étrangers recensés se sont installés au Maroc à partir de 2021. Autrement dit, plus de la moitié de la population étrangère résidente est arrivée relativement récemment.

Le profil démographique de cette population est également révélateur. Les personnes âgées de 15 à 64 ans représentent 80,1 % des étrangers installés dans le Royaume. Il s’agit donc très majoritairement d’une population en âge de travailler, susceptible de participer directement au marché de l’emploi et à l’activité économique.

Les ressortissants originaires d’Afrique subsaharienne représentent 59,9 % de l’ensemble des étrangers résidents. Le CESE inscrit notamment cette évolution dans le contexte du renforcement des relations humaines et économiques entre le Maroc et le reste du continent ainsi que de la politique de coopération Sud-Sud développée par le Royaume.

Les motivations déclarées permettent, elles aussi, de dépasser l’image d’un Maroc réduit à une étape sur la route de l’Europe.

Selon les données reprises par le Conseil, le travail et le regroupement familial représentent ensemble environ 74 % des motifs d’installation déclarés.

Cette réalité dessine les contours d’une immigration davantage liée à l’emploi, à la famille et à l’installation durable. Elle implique, par conséquent, des besoins qui ne sont plus ceux de populations simplement de passage : scolarisation, logement, emploi, accès aux services et intégration sociale deviennent des enjeux structurels.

Cette transformation intervient au moment où le Maroc connaît lui-même une transition démographique majeure.

Le rythme de croissance de la population ralentit. Le taux annuel moyen est ainsi passé de 1,25 % entre 2004 et 2014 à 0,85 % entre 2014 et 2024.

Dans le même temps, l’indice synthétique de fécondité est tombé à 1,97 enfant par femme, sous le seuil de renouvellement des générations.

Le vieillissement devrait également s’accélérer. Les personnes âgées de 60 ans et plus, qui représentaient 13,9 % de la population en 2024, pourraient en constituer 19,5 % à l’horizon 2040.

La question migratoire prend dès lors une dimension qui dépasse le seul contrôle des frontières. Dans un pays où la population vieillit, où la fécondité recule et où certains secteurs peuvent connaître des besoins de main-d’œuvre, l’immigration pourrait progressivement devenir aussi une question économique et démographique.

Pour le CESE, cette évolution nécessite également une adaptation des politiques publiques et de l’architecture juridique encadrant l’immigration.

Le cadre légal demeure principalement fondé sur la loi n° 02.03, adoptée dans un contexte où la question migratoire était davantage envisagée sous l’angle de la circulation, de l’entrée et du séjour des étrangers.

Or, la réalité observée aujourd’hui est différente : une population étrangère plus nombreuse s’installe durablement dans le Royaume.

Le Conseil relève notamment que les projets législatifs concernant l’entrée et le séjour des étrangers ainsi que l’asile n’ont toujours pas été adoptés.

Le rapport pointe également plusieurs difficultés auxquelles sont confrontés les étrangers installés au Maroc. La complexité de certaines procédures de régularisation du séjour, les difficultés d’accès au marché formel du travail ou encore la reconnaissance insuffisante des diplômes, qualifications et compétences peuvent freiner leur intégration économique et sociale.

Ces obstacles touchent particulièrement les populations les plus vulnérables.

Le CESE invite néanmoins à ne pas considérer l’immigration exclusivement comme une contrainte. Correctement organisée, estime-t-il, elle peut aussi constituer un levier de développement, notamment en répondant aux besoins de certains secteurs, en attirant des compétences et en participant à la dynamique économique nationale.

L’institution préconise ainsi une politique reposant sur quatre axes : moderniser le cadre juridique et institutionnel, faciliter l’accès des migrants à l’éducation, à la formation et au marché du travail, renforcer le pilotage des politiques migratoires par les données démographiques et statistiques, et développer davantage la coopération régionale et internationale, particulièrement avec les pays africains.

La mutation est donc plus profonde qu’une simple augmentation statistique. Lorsque près de 150.000 étrangers vivent légalement au Maroc et que plus de la moitié d’entre eux s’y sont installés depuis 2021, la question n’est plus seulement de savoir comment le Royaume gère les flux migratoires. Elle est désormais de savoir comment il organise durablement l’intégration d’une population qui a choisi d’y vivre.